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Naissance de Mary-Sue (et surtout, origines du fanzinat)

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Modérateur: Terry

Naissance de Mary-Sue (et surtout, origines du fanzinat)

Messagepar Gâ_L » 30 +00002011-09-04T03:45:22+00:0030 2012, 10:42

Dans cette interview de la créatrice du terme "mary-sue" (qui ne dira pas grand chose à ceux qui ne connaissent rien aux fanfictions mais intéressera énormément les autres) on retrouve un bon témoignage assez développé de ce qu'étaient le fanzinat et les conventions aux Etats-Unis au début des années 70, notamment dans la SF, Star Trek, etc...

On y apprend des détails vraiment intéressants sur l'organisation, les moyens de diffusion bien avant internet et le temps où les fans rendaient hommage à leurs idoles avec trois bouts de ficelle et un morceau de scotch. Allez, je vous mets des morceaux choisis pour ceux qui ne veulent pas lire la partie sur la genèse de Marye-Sue -mais c'est dommage, c'est assez fascinant !-.

http://etude.fanfiction.free.fr/paulaSmith.php

[2.40] Q: Alors les choses n'ont que peut changer avec Internet.
[2.41] PS : Je pense qu'Internet récapitule en quelques sortes le fandom de Star Trek des débuts. Pour paraphraser : « Il est venu une génération, et elle ne connaissait pas les polycopiés ». Les vieux letterzines ont complètement disparu aujourd'hui, mais ce sont toujours les mêmes débats qui reviennent.


[3.1] Q: Tu devrais peut-être expliquer ce qu'est un letterzine.

[3.2] PS : Un letterzine était une publication, souvent mensuelle. Les gens écrivaient des lettres à un éditeur en particulier qui les recueillait et renvoyait simplement le zine imprimé aux gens qui avaient adressé ces lettres.

[3.3] Q: C'était le principale moyen de communication entre fans avant l'arrivé d'Internet ?

[3.4] PS : C'était un moyen de courant de communication de groupe et, bien sûr, il y avait les conventions. Ma première convention a été le Detroit Triple Fan Fair en 1972. C'était une convention de science-fiction, qui se tenait à Cobo Hall dans le centre de Detroit. Je me souviens que nous nous promenions dans Detroit à 3 heures du matin – c'était une autre époque. Gene Roddenberry [créateur de Star Trek, NdT] et Majel Barrett [interprète de l'infirmière Christine Chapel dans la série, NdT] étaient là, et c'est là que je les ai rencontrés pour la première fois. David Gerrold [écrivain de science-fiction et scénariste pour Star Trek, NdT] était là aussi. Mais surtout, j'ai rencontré plein de fans de Detroit, la plupart étant des fans de Star Trek.


[3.7] Q: J'ai entendu la même chose de fans de U.N.C.L.E. (Des agents très spéciaux, NdT). Pour ma part, c'est mon père qui m'a présenté la série. Maintenant, j'ai cette théorie : tout fandom remonte aux pères.

[3.8] PS : Surtout pour les femmes ! Parce que votre père vous dit que vous avez le droit de vous investir dans ce que vous aimez. J'avais huit ans et je me souviens d'un numéro de Amazing Stories ou d'un autre magazine de science-fiction, avec une couverture très criarde et une histoire de Harlan Ellison [écrivain de science-fiction et scénariste occasionnel de Star Trek, NdT] à l'intérieur. Mon père avait beaucoup de livres de poche, et il appartenait au Club de Lecture de Science-Fiction. Il travaillait comme mécanicien pour gagner sa vie et avait un diplôme en ingénierie mécanique de l'Université d’État du Michigan. Ma mère avait une licence aussi, mais en économie domestique. Tous ces trucs étaient dans la maison et je les lisais.

[3.9] Au Detroit Triple Fan Fair, j'ai trouvé des fanzines. Trek n'était plus diffusé à cette époque, et c'était juste après que Devra Langsam, qui publiait Spockanalia, le premier fanzine sur Star Trek, avait organisé la première convention Star Trek, à New York en 1972. Caroll Lynn, qui est devenue mon amie et co-éditrice, était là. L'année suivante, en 1973, je suis allée à la convention mondiale de Toronto et j'ai rencontré encore plus de gens, de fans.

[3.10] Il y avait tellement de conventions SF dans les années 70 et 80 ! N'importe quelle petit groupe universitaire local pouvait organiser une convention dans un hôtel Ramada du coin, et il y avait 30 à 100 personnes qui venaient, selon la taille de la ville. Nous allions à Champaign-Urbana dans l'Illinois pour la Chambana Con, à Columbus dans l'Ohio pour la MarCon, à Chicago pour la WindyCon. Ça valait la peine d'y aller, parce que ces conventions attiraient beaucoup de fans venus du nord du Midwest. Mes territoires s'étendaient de l'Iowa à New York dans un sens, et de l'Ontario au Kentucky dans l'autre. Je n'ai jamais réussi à aller aux conventions du Sud et de l'Ouest.

[3.11] Q: Comment savais-tu la date et le lieu de ces conventions ?

[3.12] PS : Les gens écrivaient dans les magazines de SF et indiquaient où les conventions allaient se tenir pour que chacun puisse être au courant. On pouvait aussi être prévenu par courrier. On se postait tout – les fans se ruinaient en envois postaux – et on se contactait beaucoup de cette façon. Il y avait aussi les APA (Alliance de la Presse Amateur). Les fans se réunissaient et, tous les mois, créaient un petit zine. Il pouvait y avoir 1 pages, ou 4 ou 5 ou 20. Ils en envoyaient 30 copies par exemple, autant de copies qu'il y avait de membre dans l’alliance, au responsable de l'édition. Il rassemblait tout ça et le postait. L'envoi était payé par les membres qui envoyaient leur cotisation.

[3.13] Q: Ça semble très preneur en temps...

[3.14] PS : Ça l'était, mais d'un autre côté, nous n'avions pas Internet. En plus des APA et des letterzines, dans les années 70, on a réalisé qu'on pouvait organiser des conventions, et c'est ce qu'on a fait.

[3.15] Vers le début 1973, j'ai rencontré Sharon Ferraro. J'étais à Kalamazoo College et elle était à la Western Michigan University. On a formé une société de science-fiction sur les deux universités, qu'on a appelé KWest*- « kwestar ». Sharon et moi avons organisé une convention en 1974 à Kalamazoo appelée Kwest*Con, et on a eu Harlan Ellison comme intervenant – invité professionnel d'honneur. On a dû payer son vol, sa chambre d'hôtel et sa note, mais on ne lui a pas payé d'honoraires. Et on eu Joan Hunter Holly comme invité fan d'honneur. Joan, bien sûr, était l'auteur de The Man from U.N.C.L.E., Ace n.10, The Assassination Affair. C'était une convention SF, mais beaucoup des gens qui sont venus aimaient U.N.C.L.E. et Star Trek aussi. Joan venait de Lansing et elle connaissait Terry Carr, qui était responsable de publication chez Ace. Elle était plus âgée que la plupart d'entre nous – la quarantaine.

[3.16] Deux cents ou trois cents personnes ont participé à la convention. Ça nous a pas mal rapporté. On a amené Harlan cheze Sharon et on lui a servi du poulet. Sharon était fan d'Ellison. Elle avait dit « On peut l'avoir », et on a réussi ! Ça a été un moment génial.

[3.17] L'année suivante, on a fait la suite, une convention SF intitulée ReKWest*Con. Puis on est allée à la New York Trek Con en 1975 et on a rencontré les fans new-yorkais de Star Trek.

[3.18] Q: Il y avait beaucoup de zines, également.

[3.19] PS : Oui. Les gens écrivaient beaucoup d'histoires sur Star Trek, et les imprimaient. Il y avait deux chemins vers le fandom de Star Trek. Il y avait les femmes un peu plus âgées qui étaient déjà dans le fandom science-fiction et qui se disaient : on peut faire des conventions, des zines autour de Star Trek. Les premiers zines de SF contenaient des histoires. La grande différence, c'est que la science-fiction avait des débouchés professionnels à l'époque. Une fois que vous aviez publié au niveau « fan », vous pouviez vous élever dans la catégorie supérieur si vous étiez bons. Si vous n'étiez pas un bon écrivain, vous finissiez par en avoir assez de vous entendre dire « C'est de la merde » et vous arrêtiez d'écrire au bout d'un moment. Mais avec Star Trek, il n'y avait nulle part d'autre où aller. Alors, si vous développiez votre technique d'écriture, vos fanzines Star Trek finissaient par contenir des histoires d'une qualité grandissante.

[3.20] Il semblait y avoir deux groupes d'âge au début du fandom Star Trek : 18 ans et 35 ans. L'autre chemin, c'était celui des baby-boomers qui se disaient « J'ai envie d'écrire ! ». Ils voulaient simplement faire quelque chose. Dès qu'ils allaient aux conventions et voyaient les fanzines, ils disaient « Voilà ce que je peux faire ! ». Et ça s'est formé dans tous les pays, et il y avait des zines partout. Il en arrivait sans cesse. On faisait des blagues sur Warped Space, qui a commencé à être publié vers 1975. « Tiens, voilà le Warped Space du mardi après-midi. Voilà l'édition de 3 heures ». L'éditrice était Lori Chapek (qui est devenue plus tard Chapek-Carleton). Il y a le MSUSTC – Michigan State University Star Trek Club. Encore un groupe universitaire ; ce sont dans les universités que beaucoup de baby-boomers ont découvert le fandom.

[3.21] Mais au moins la moitié du groupe des 18 ans n'allait pas à l'université ; ils lisaient le livre de Joan Winston, Star Trek Lives!, et ils écrivaient à l'adresse indiquée au dos du livre pour rentrer en contact avec d'autres. Ils travaillaient dans des bureaux et pouvaient se procurer des machines à écrire Selectric et du matériel pour photocopier.

[3.22] À l'époque, on nous apprenait à écrire au lycée, et on nous apprenait aussi à lire des livres et à apprécier une histoire. J'étais une des baby-boomers de l'université mais aussi une fan de SF. Je me suis dit « Zut, on peut faire ça aussi. » Et Sharon et moi avons publié Menagerie. C'était un tout petit zine, mais on avait écrit quelques histoires, alors on les a publiées. On le vendait 1$ et ça couvrait les dépenses. On analysait les coûts – on savait combien de centaines de numéros on devait imprimer à un prix raisonnable – et on les vendait à des conventions et par courrier. On faisait aussi de la pub dans les autres zines.

[3.23] Si vous regardez des exemplaires de ces vieux zines, vous verrez des lettres à l'éditeur, des pubs pour les prochaines conventions, des annonces pour de nouveaux zines. Les gens envoyaient des flyers qui était ajoutés aux zines.

[3.24] En ce qui concerne les conventions, Sharon menait l'équipe « Hole-in-the-deck », qui fournissait des services de coursier aux conventions. C'était une manière d'entrer dans les conventions gratuitement. On réunissait un groupe de gens, la convention nous donnait deux pièces et on vérifiait les badges à l'entrée, on s'occupait des invités, on aidait aux inscriptions. On faisait tout. On était les pieds et les mains des organisateurs de la convention, et on apprenait comment diriger des conventions nous-mêmes.


[3.29] Q: Il semble que cette époque était la version papier de ce qui se passe maintenant.

[3.30] PS : C'est vrai. Il y a beaucoup de points communs. Une version papier et steampunk. Mais les structures étaient essentiellement les mêmes.

[3.31] Q: On dirait le début de ce que l'on appelle le « réseau social » sur le web de nos jours.

[3.32] PS : Mais c'était au ralenti et il y avait davantage de contact direct.

[3.33] Q: Les gens voulaient se rencontrer.

[3.34] PS : Oui, et c’était moins cher de voyager en ce temps-là, ou en tout cas c'est ce qu'il semblait. C'était en tout cas moins « cher » sur le plan du temps que l'on y passait. Et, mon Dieu, ces factures de téléphone ! J'avais des factures de 400 ou 600$. Il fallait payer énormément d'appels longue distance. On appelait après 11 heures du soir pour avoir les réductions. Quand MCI [entreprise de télécommunications américaine, NdT] est arrivé, boom !, on s'est toutes abonnées.


[4.1] Q: Les fans créaient déjà une sorte de Réseau [Web].

[4.2] PS : Oui, et en multimédia : on avait le papier, le téléphone, les réunions où on allait - réunions locales, par États ou régionales. On avait aussi une sorte de réunion annuelle : au début des années 70, la convention new-yorkaise organisée par Devra était la plus importante. Avant qu'elle ne laisse tomber en 1975, il y avait eu deux ou trois grosses conventions professionnelles avec toutes les stars de la série. Mais elles étaient chères : 20$ l'entrée ! Sharon et moi nous sommes regardées, et nous nous sommes dit qu'il fallait faire une convention Star Trek de la même manière que l'on faisait nos conventions de science-fiction. Puisqu'on le cachait aux gens importants, appelons la la « SeKWest*Con ». Aucune star – c'était ça, la grande différence. Alors on a organisé ça en 1976 à Kalamazoo parce que nous savions que les fans actifs étaient dans le Midwest. Et on a pensé : décernons un prix « qualité » pour les fans. On appelait ça un « FanQ », c'était pour remercier tous les gens qui écrivaient de bonnes histoires. Un pour les fanarts et un pour l'écriture. C'était simplement pour Star Trek. Il n'y avait rien d 'autre.

[4.3] Q: Et ça avait du succès ?

[4.4] 100 personnes sont venues, ce qui n'était pas mal pour ce que l'on envisageait. On organisait quelques tables rondes, une exposition et on avait une salle de vente. C'était la même structure que pour nos petites conventions de science-fiction. Ça se tenait dans un petit motel, et on mettait des annonces dans les zines. On envoyait aussi des lettres au gens qu'on savait intéressés. Beaucoup de gens venaient, de tout le pays. En 1977, pour la deuxième édition, il y avait 200 personnes – certains venaient de loin, par exemple d'Australie ! Ça s'appelait la SeKWest*Con aussi.

[4.5] Lori Chapek était venue à la première SeKWest*Con et elle s'est dit : « C'était super. Je peux faire la même chose moi aussi. » Alors elle a organisé une petite convention à l'université du Michigan en 1978 alors qu'elle y était encore étudiante. Elle a demandé à organiser la troisième et l'a appelée « T'Con ». Gordon (qui allait devenir son mari), écrivait à cette époque et il avait ces personnages, les T'Kuthiens. C'était une race d'extraterrestres apparentées aux Vulcains, mais puisque c'était un humoriste, il en faisait des clowns barjots.

[4.6] Lori et Gordon ont fait la T'Con et l'année suivante, en 1979, la 2'Con. La mascotte était un toucan qui faisait le salut vulcain. Puis, Devra a dit qu'elle voulait tenir la suivante à New York, et elle a organisé la « Mos' Easley » en 1980, parce que Star Wars sortait à cette époque là. Les fans de Star Wars ont commencé à venir à la T'Con. C'est donc devenu une convention multi-fandom, même si à l'époque, il n'y avait encore que Star Trek et Star Wars. En 1981, Lori et Gordon ont ramené ce qui était devenu la plus grosse convention annuelle vers le Midwest, et l'ont appelée MidWest*Con.

[4.7] La deuxième MidWest*Con s'est déroulée en 1982, et tout au long des années 80, on a commencé à voir venir des fans de Starsky et Hutch, Doctor Who, The man from U.N.C.L.E. - des fans de plein de films et de séries. Lori et Gordon ont décidé de changer de nom et de la nommer MediaWest*Con, parce que c'était une convention pour le fandom médias, pour le distinguer du fandom science-fiction, qui se consacrait davantage à la science-fiction littéraire. Et bien sûr, la MediaWest*Con existe toujours. La trentième édition était cette année, en 2010.
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Re: Naissance de Mary-Sue (et surtout, origines du fanzinat)

Messagepar Girl » 30 +00002012-02-24T16:37:47+00:0029 2012, 10:42

Bonne lecture |D

C'est marrant de lire ça =3 J'y retrouve des choses qui me parlent et je me sens concernée et, en même temps, un peu de regret. Je sais qu'avec le temps, les souvenirs s'embellissent, mais j'ai l'impression qu'il y a quand même un bonne part de passion et de pétales au vent que je ne vois pas beaucoup de nos jours dans ce récit <'D
Mais ça alors, bon sang de bois, incroyable !.................... Maintenant, je sais xD
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Re: Naissance de Mary-Sue (et surtout, origines du fanzinat)

Messagepar zeDew » 30 +00002012-02-25T00:23:08+00:0029 2012, 10:42

Ben, tu prends la Japex, tu enlèves les 99% des visiteurs qui viennent pour la partie super marché, et il te reste quand même une sacrée convention de fans de 2000 personnes !

C'est juste qu'il faut avoir un super pouvoir pour voir le vol élégant des pétales derrière une manif de free hugs...
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Re: Naissance de Mary-Sue (et surtout, origines du fanzinat)

Messagepar Girl » 30 +00002012-02-25T04:30:41+00:0029 2012, 10:42

Ben bizarrement, j'ai toujours échappé aux manifestations de free hugs et je crois bien n'en avoir jamais vu /o/ Peut-être entendu de loin mais avec tout le brouhaha... Un peu plus, un peu moins.
*Ça montre à quel point je suis présente de mon état mental, n'est-ce pas ? 8D*
Je crois bien que j'ai perdu ce super pouvoir avec les années ! Même sans manifestation free hugs.
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